Hémochromatoses juvéniles

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Quand l’hémochromatose touche le sujet jeune

 

Lorsque l’on parle d’hémochromatose, c’est bien sûr à la maladie la plus fréquente que l’on pense : affection génétique de surcharge en fer, ne survenant que chez les sujets de race blanche et commençant à s’exprimer cliniquement  à un âge très tardif pour une maladie génétique. En effet, les différents symptômes apparaissent à l’âge adulte, souvent vers 35-40 ans chez l’homme et une dizaine d’années plus tard chez la femme. Cette affection est en rapport avec la mutation C282Y du gène HFE, mutation qui est présente à double dose (une mutation venue du père, une mutation venue de la mère).

Lorsque ce gène HFE fut découvert en 1996, on a d’abord pensé que sa mutation allait expliquer tous les cas d’hémochromatoses mais on s’est vite aperçu qu’il n’en était rien. En effet, d’authentiques cas de surcharges en fer sans mutation C282Y, et pourtant de nature familiale, ont été observés. Certes, ces maladies pouvaient toucher des adultes « avancés » en âge mais d’autres concernaient des sujets jeunes, à savoir soit des adolescents soit des adultes  de moins de 30 ans.

Ainsi, à côté de l’hémochromatose HFE, désormais appelée hémochromatose de type 1, d’autres hémochromatoses, très rares, dites « juvéniles » ont pu être génétiquement identifiées. Elles correspondent aux mutations de trois gènes différents. L’un s’appelle le gène HJV  (codant la protéine dite hémojuvéline), un autre HAMP (codant l’hormone de régulation du fer appelée hepcidine), et le troisième TFR2 (pour récepteur de la transferrine de type 2). Ces  hémochromatoses (appelées respectivement 2A, 2B et 3) ont en commun, outre de frapper des sujets jeunes, d’être particulièrement sévères avec le développement de surcharges en fer massives, touchant principalement le cœur, l’hypophyse, le pancréas et le foie. Comme pour l’hémochromatose de type 1, le mécanisme expliquant le développement de l’excès en fer est un déficit de production de l’hepcidine, mais ce déficit est ici massif expliquant la précocité  et l’intensité de la surcharge en fer.

L’étude génétique, réalisée dans des laboratoires ultra-spécialisés, permet d’identifier ces maladies par la mise en évidence des mutations correspondantes. Une fois le diagnostic posé, l’élimination de la surcharge en fer est une urgence thérapeutique. Elle se fait, comme pour l’hémochromatose de type 1, par la réalisation de saignées mais, du fait de l’importance de l’excès en fer et de la nécessité d’obtenir son élimination le plus rapidement possible, on peut être conduit à leur associer un traitement chélateur qui peut être soit  la desferrioxamine (administrée par voie sous-cutanée prolongée ou par perfusion intraveineuse) soit un médicament chélateur à prise orale (le déférasirox).

Comme pour l’hémochromatose de type 1, il est essentiel, après que diagnostic a été posé chez un individu, d’engager une enquête familiale à la recherche de profils génétiques identiques qui pourraient prédisposer au développement de surcharges en fer de même type.

Pr. Pierre Brissot

Coordinateur du Centre national de référence de surcharges en fer rares d’origine génétique. CHU Pontchaillou. Rennes.

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